
La sixième édition de la Grande discussion sur les serres d’avenir (GDSA) a une fois de plus confirmé la vitalité de l’écosystème agricole et technologique québécois. Plus de 160 acteurs clés – producteurs, chercheurs, entreprises innovantes, investisseurs et décideurs publics – se sont réunis à L’Assomption pour réfléchir collectivement à l’avenir de la production agricole en environnement contrôlé, un secteur en pleine effervescence au cœur de la transition agroalimentaire du Québec.
L’événement n’aurait pas pu avoir cette portée sans l’appui de ses précieux partenaires. La Zone Agtech tient à remercier Sobeys, présentateur officiel de la Grande discussion sur les serres d’avenir 2025, pour sa confiance et son engagement à soutenir l’innovation agricole québécoise. Un grand merci également aux organisations qui ont rendu possible la tenue des panels et des échanges : Serres Harnois, le Réseau Innovation Lanaudière, ainsi que la Faculté des sciences de l’agriculture et de l’alimentation de l’Université Laval. Leur contribution a permis de stimuler des discussions riches et de renforcer les liens entre producteurs, chercheurs et entreprises technologiques, au bénéfice de tout l’écosystème agtech et agricole du Québec.
Sous le thème « 5 ans d’apprentissage, de recherche et d’innovation », l’événement a rassemblé une diversité impressionnante de participants : des producteurs de fraises, de crevettes, de micro-pousses, de tomates et de légumes maraîchers, issus à la fois de la production en champs, en serres traditionnelles et en environnement totalement contrôlé. Des entreprises bien établies comme Serres Harnois, Groupe Master, Lareault, Hypertec, Soteck, Kinova et Pépinière Trussart se sont mêlées à une nouvelle génération d’acteurs tels que Vertiberry, Yieldwise, Anatis Bioprotection, Harvest Genomics, Muclitech et Adsol. La présence de chercheurs de l’Université Laval, de l’UQTR, de Biopterre et de Bio.Enviro.In, ainsi que de représentants du MAPAQ, du MEIE, de Financement agricole Canada, d’Oliva Capital, du Fonds Origo, de Desjardins et de THRIVE | SVG Ventures, a illustré la richesse et la complémentarité des forces qui s’unissent autour de la Zone Agtech.

Dans son mot d’ouverture, Marilou Cyr, directrice générale de la Zone Agtech, a rappelé combien l’avenir de l’agriculture dépend de la force collective des écosystèmes. En présentant la transformation rapide de l’écosystème d’innovation local, elle a illustré la progression de la Zone Agtech et sa vision de devenir un cluster géolocalisé de calibre international, générateur de retombées économiques, scientifiques et sociales structurantes.
Elle a cité les données internationales démontrant l’impact des clusters d’innovation : une croissance annuelle de l’emploi supérieure de 4,5 %, jusqu’à 30 % d’innovations collaboratives supplémentaires, 10 % de réduction des coûts logistiques et deux fois plus de coopérations interentreprises qu’en dehors des zones denses. « Les grappes et écosystèmes régionaux d’innovation sont l’épine dorsale de la compétitivité. Ils relient les personnes, les entreprises et les idées, permettant aux régions de transformer le savoir en valeur », a-t-elle rappelé, citant Angel Gurría de l’OCDE.
L’évolution de l’écosystème d’innovation agtech de L’Assomption a d’ailleurs été au cœur de ce premier échange. Marilou Cyr a présenté l’avancement du Complexe d’innovation en agrisciences et agrotechnologies, un projet coconçu par la Zone Agtech et le Carrefour industriel et expérimental de Lanaudière (CIEL), avec l’appui du MEIE et de Desjardins. Ce complexe, dont l’ouverture est prévue pour janvier 2027, réunira sous un même toit une communauté d’acteurs clés autour de laboratoires, d’ateliers de prototypage, de zones de démonstration et d’espaces collaboratifs dédiés à l’innovation agricole.
Elle a aussi mis en lumière plusieurs initiatives structurantes récemment lancées : dont deux programmes soutenus par Financement agricole Canada: la 2e édition du programme AgXis – Fruits et légumes organisé en collaboration avec 5 associations horticoles et 4 acteurs clés de l’écosystème, et le programme Go Global | Accélération internationale, offert en collaboration avec THRIVE. Elle a aussi annoncé le lancement de la 2e édition du Programme de formation Propulserre, en collaboration avec Université Laval, et le lancement prochain du 2e appel à solutions au Fonds Desjardins-Agtech, qui soutient financièrement l’implantation d’entreprises innovantes au Québec dans la Zone Agtech.
Les témoignages de Silvia Baretta (Vertiberry), Pascal Forest (UPA Lanaudière) et Pierre-Marc Gosselin (Hypertec), ont illustré de manière concrète la valeur de cet écosystème. Tous ont souligné l’importance des collaborations au sein de la Zone Agtech, qui permet de créer des passerelles inédites entre recherche, industrie et production, facilitant l’implantation et la validation de technologies locales, le maillage avec les producteurs et l’attraction de nouveaux investisseurs.


La matinée s’est poursuivie avec un panel sur l’énergie et la compétitivité, présenté par Serres Harnois. Autour de la table, Sherif Zaroubi (Axceta), Mathieu Bendouma (Université Laval), Nicolas Dietrich (Voltiris) et Éric Langlois (Groupe Master) ont discuté de solutions concrètes pour réduire la consommation énergétique des serres et renforcer la résilience des producteurs.
Les discussions ont porté sur l’agrivoltaïsme, les thermopompes, les boucles énergétiques locales et les limites actuelles de la géothermie, qui demanderait, pour bien fonctionner, de développer une solution qui permet de réinjecter la chaleur prise dans le sol. Tous ont insisté sur un point : il faut produire plus d’énergie, sans oublier l’efficacité énergétique, la valorisation des pertes de chaleur, et la réduction de la demande pendant les périodes de pointe, levier essentiel pour abaisser la facture et sécuriser la compétitivité du secteur.
Le panel sur les productions émergentes et bioproduits, présenté par le Réseau Innovation Lanaudière, a plongé les participants dans les nouvelles filières qui pourraient redéfinir la souveraineté alimentaire du Québec. Guillaume Béland (Zone Agtech), Isabelle Hardy (RIL), Simon Barnabé (UQTR), Olivier Paulus (Vertiberry) et Valérie Robitaille (Ferme Boréa) ont exploré les possibilités offertes par les microalgues, les champignons, l’aquaculture et la culture cellulaire.
On a évoqué les atouts des microalgues pour l’alimentation humaine, animale et pharmaceutique, la création de nurseries locales pour les crevettes afin de relancer la filière canadienne, et l’importance de structurer une filière de production d’algues (micro et macro) plus robuste au Québec. Ce panel a aussi mis en évidence le besoin d’un environnement d’affaires propice à l’investissement et d’un cadre réglementaire plus agile pour favoriser l’émergence de ces productions à fort potentiel.


En après-midi, le panel sur les maladies en environnement contrôlé a attiré une attention particulière. Louis-Simon Barrette (Zone Agtech) a animé un échange riche avec Romaric Armel Mouafo Tchinda (Biopterre), Claude Robert (Anatis Bioprotection), Rémi Maglione (Harvest Genomics), Jason Lesiege (Muclitech) et Daniel Ernesto (Adsol).
Les intervenants ont rappelé l’importance de former davantage de phytopathologistes au Québec et de développer des capacités de prédiction et d’analyse des maladies émergentes, une force que possèdent déjà plusieurs pays. Ils ont présenté des solutions concrètes : analyse génomique pour repérer les variétés résistantes, nettoyage UV, biocontrôle par insectes et contrôle intelligent du climat. La conclusion était unanime : la prévention demeure la meilleure défense, et c’est la combinaison de plusieurs stratégies parallèles qui assure la résilience des systèmes de production.
Enfin, la journée s’est conclue par un panel sur la robotisation et l’intelligence artificielle, réunissant Kinova, Yieldwise, IQDHO, le REIH, Oliva Capital, Université Laval et la Zone Agtech. Les discussions ont abordé les défis de l’adoption de la robotisation dans les serres, les coûts de développement, la rareté de la main-d’œuvre et les réalités locales des producteurs.
Kinova et Yieldwise ont souligné l’importance de concilier les attentes d’investisseurs tournés vers l’exportation avec la réalité du terrain, où plusieurs technologies doit être adaptées aux conditions climatiques et aux pratiques propres à chaque région, générant des dépenses d’adaptation souvent importantes. Les représentants d’Oligo et d’Oliva Capital ont, pour leur part, insisté sur le rôle stratégique des corporate VC dans la croissance des entreprises technologiques agricoles et l’importance de démontrer, par des appuis concrets, la valeur de la technologie pour le marché.


Au fil des panels, une même conviction s’est imposée : l’avenir de la production agricole québécoise dépendra de sa capacité à s’unir, co-développer et démontrer collectivement les solutions de demain. C’est dans cet esprit qu’un hommage a été rendu à Yvon Forest, directeur du développement agroalimentaire au MAPAQ, pour sa contribution majeure à la Zone Agtech et au Réseau d’expertise en innovation horticole. Acclamé par la salle, il a rappelé avec émotion les débuts du projet et l’importance de soutenir l’innovation et la robotisation, traçant un parallèle entre la transformation actuelle du secteur et la révolution industrielle initiée par Ford.
La Grande discussion sur les serres d’avenir 2025 s’est ainsi imposée comme un moment fort de réflexion et d’engagement collectif. C’est dans un esprit de collaboration, d’audace et de lucidité que l’écosystème québécois a confirmé sa volonté de bâtir ensemble une agriculture plus autonome, durable et compétitive, ici même, dans la Zone Agtech.








