Cas à succès : Rencontre avec ChrysaLabs et Ferme d’Hiver

À l’occasion de notre thématique du financement de l’innovation, plus tôt en février, les entreprises innovantes à succès que sont Ferme d’Hiver et ChrysaLabs ont généreusement accepté de partager leur expérience respective en financement de l’innovation. 

Née en 2018 d’un désir de rendre possible et viable la production hors-saison d’aliments à haute valeur nutritive et cultivés sans pesticides chimiques, Ferme d’Hiver propose une solution agrotechnologique clés en main qui écarte toute dépendance aux conditions climatiques. 

ChrysaLabs, quant à elle créée en 2017, développe une solution d’analyse de la santé et de la fertilité du sol en temps réel qui permet aux agronomes et aux producteurs agricoles de mieux gérer leurs champs, de réduire la surfertilisation et de pratiquer une agriculture plus durable.  

Rencontre avec Alain Brisebois, président et chef de la direction chez Ferme d’Hiver et Samuel Fournier, cofondateur et PDG de ChrysaLabs, sous le thème du financement de l’innovation : 

Quels critères vous ont permis d’obtenir vos financements? 

Alain B.  : Dans notre cas, ça a été de cocher beaucoup de cases importantes parmi les critères exigés par la panoplie de programmes municipaux, provinciaux et fédéraux qui sont à la disposition des entrepreneurs. Notre technologie n’existait pas du tout ailleurs avant qu’on la crée. Grâce aux Ferme d’Hiver, les aliments sont produits tout près de là où ils sont consommés. De plus, contrairement au champ, nos environnements de croissance sont complètement indépendants de la météo. Nos fruits n’ont donc aucun contact avec des pesticides chimiques et poussent dans un milieu totalement contrôlé et optimisé selon leurs besoins spécifiques. La solution Ferme d’Hiver est entièrement fonctionnelle à l’électrique, n’utilise aucun gaz fossile et produit donc très peu de gaz à effet de serre. Ça nous distingue de la culture en serre qui, au Québec, utilise encore beaucoup les énergies fossiles pour se chauffer. C’est une réalité que l’on a pris en compte en développant notre technologie. Chaque watt utilisé en éclairage est redonné en chauffage à une serre adjacente, ce qui élimine le chauffage par gaz fossile. Notre impact positif sur l’environnement, sur les rendements agricoles et notre côté innovateur nous qualifiaient donc très bien pour les programmes de subventions gouvernementaux, beaucoup plus accessibles que le financement traditionnel dans le cas d’une jeune pousse comme nous.  

Samuel F.  : En recherche de financement, la démarche est plus difficile si on n’a pas de réseau de contact. C’est quand on a reçu du financement qu’on a réussi à le créer et finalement être arrivés à faire les demandes de financement suivantes plus facilement. Ce qui nous a beaucoup aidé a été de participer à l’accélérateur Ecofuel dès le début de l’entreprise, mais avec un pitch de vente qui avait du bon sens. On a mieux compris les prérequis de demandes de financement et on a compris qu’on avait beau comprendre la solution qu’on offrait, le processus reste difficile parce qu’il y a plein de documents à fournir. Il faut être très structuré. Aussi, on n’a pas besoin de beaucoup de ventes, il faut surtout s’assurer d’avoir l’appui de bons partenaires et pour ça, il faut que notre technologie soit mature; c’est ce qui nous a permis de nous en trouver. L’agtech au Québec, c’est de petites solutions avec peu de producteurs impliqués, mais les investisseurs veulent voir que la compagnie peut grossir rapidement, pour constater ou non la pertinence d’investir.  

Aujourd’hui, vous faites face à quels enjeux, au niveau du financement? 

A.  : Notre croissance passe entre autres par le développement de nouveaux sites de production et par le fait même, leur financement. Ce que l’on fait, ça n’a jamais été fait dans le monde, et encore moins à l’échelle industrielle et commerciale. C’est donc nouveau et ça nous empêche d’avoir accès à du financement traditionnel. C’est un défi de taille pour notre entreprise. Cela dit, notre technologie nous permet de proposer aux détaillants des contrats à terme, ce qui réduit le risque. La pandémie et le temps de gestation d’un projet sont aussi des défis à relever pour continuer notre déploiement.  Comme tout le monde, le blocage majeur du moment, c’est la pandémie. Ça complique la chaîne d’approvisionnement et augmente les coûts, donc la gestation de nos projets est rallongée et ça finit forcément par affecter notre financement parce que notre capacité de croissance est directement liée à notre capacité de financement et éventuellement, à notre possibilité d’obtenir du financement traditionnel.  

S.  : Présentement, la difficulté c’est que notre croissance soit pérenne pour que notre production suive le même rythme que nos ventes. C’est comme ça qu’on trouve et qu’on continue à trouver de bons partenaires, au Québec comme au Canada. En ce moment, on vise le marché américain, donc nos activités et enjeux se concentrent là-dessus. 

Si vous aviez un conseil à donner en premier à un entrepreneur en recherche de financement, ce serait quoi? 

A.  : Obtenir du financement, ça ne se fait pas seul! Il faut absolument tisser sa toile, créer des liens forts avec les bons acteurs du réseau et surtout : il ne faut pas avoir peur de demander de l’aide. Au-delà de ça, soyez résilients. 

S.  : Entourez-vous de gens qui ont déjà été à votre place dans le passé. Par contre, il faut bien les connaître. Assurez-vous de savoir à qui vous parlez et trouvez les bons canaux de réseautage. Ciblez les évènements, regroupements, concours de pitch ou programmes d’accélération qui vous correspondent et listez les investisseurs qui ont l’opportunité de vous aider. Votre réseau, c’est primordial. 

Nous remercions Alain Brisebois et Daphné Mailhot de Ferme d’Hiver ainsi que Samuel Fournier de ChrysaLabs d’avoir participé à cette entrevue.